CANADA

LES RÉCEPTEURS


Chaque transmetteur a son propre système de réception :

(a) Le transmetteur externe envoit un signal ou plutôt une fréquence précise, par exemple 151.2252 Hertz dans le cas de Blooby. Avec le récepteur et son antenne, il nous reste plus qu'à taper cette fréquence en validant, et enfin un Bip Bip sonore plus au moins fort rententit. Suivant l'orientation de l'antenne et la distance à laquelle se trouve la chauve-souris pilote, le Bip Bip varie. Cette variation de son et la position de l'antenne nous oriente jusqu'à l'arbre où la chauve-souris niche. Cette poursuite à travers la forêt s'appelle 'tracking' en anglais proche du verbe traquer. Le traquage n'est pas aussi simple qu'on peut le penser. Encore aujourd'hui ils nous arrivent de faire fausse route. D'autres fois, nous pensons l'avoir trouvé, et on se rend compte que la chauve-souris pilote nous a emmené sur un terrain inaccessible où il est impossible de grimper l'arbre pour voir l'entrée du trou. Il n'y en aura pas de facile, elles sont malines ces longues oreilles !


(b) Le transmetteur cutané envoit un autre type de signal plus complexe qui sera lu par le récepteur (sorte d'anneau relié à un cable) placé sur l'arbre à l'entrée du trou. À chaque entrée ou sortie du transmetteur (b) que la chauve-souris porte sous sa peau passant à proximité du récepteur (à l'intérieur du cercle ou à quelques centimètres à l'extérieur du cercle), un enregistrement s'effectue dans la boîte noire. Ensuite, il suffira de connecter l'ordinateur à un cable relié à cette fameuse boîte noire pour en télécharger toutes les données. Comme chaque transmetteur est unique avec sa propre fréquence, alors nous pouvons savoir avec exactitude, qui est entré ou sorti, à quelle heure, quel jour etc...



LES TRANSMETTEURS


Il y a 2 sortes de transmetteurs :

(a) Le transmetteur externe que l'on colle sur le dos de la chauve-souris avec une colle médicale antibiotique. Le rôle de ce transmetteur est de nous guider vers la colonie pour suivre son évolution. En effet, les chauves-souris changent d'arbre pratiquement tous les jours ce qui complique notre recherche. Une fois le transmetteur externe collé, cette chauve-souris pilote est notre seul lien avec le groupe, et lorsuq'on connaît la difficulté à capturer une chauve-souris, on s'imagine bien qu'elle est trés importante à nos yeux. Ici c'est Piggy Wiggy qui va nous conduire vers ces amis (ies). La dure de vie de ce transmetteur est d'environ 1 semaine, parfois 2 semaines suivant si Piggy Wiggy décide de ne pas le perdre avant l'heure.


(b) Le transmetteur cutané que l'on place sur une partie précise du dos de la chauve-souris avec un instrument médical dédié. Cette opération est délicate, et demande une grande dextérité et surtout une bonne connaissance des chauves-souris pour les manipuler avec soin, Krista assistée par Taia opère avec succès. J'éprouve toujours cette réticense quand la technologie vient s'immiscer dans la matière vivante. J'aime connaître avant tout acte qu'elle sera la finalité de ce geste. Et je défends toujours le geste quand il s'agit de laisser la nature prendre le dessus sur la technologie. En l'occurence ici, il est question de mieux comprendre cette espèce la 'chauve-souris aux longues oreilles' et donc poser les bons gestes à son égard et apporter un peu plus de compréhension à des gouvernements aveugles.



PIGGY WIGGY


Aucun signal de HOPE aujourd'hui, elle a apparement quitté notre zone qui couvre plusieurs kilomètres. Notre espoir fût de courte durée ! Nous repérons de nouveaux chemins forestiers que les chauves-souris affectionnent particulièrement pour poser les pièges.

Ce soir nous installons aussi les filets, car il nous faut absolument une chauves-souris pilote rapidement. Nos résultats sont plutôt maigres jusqu'à présent.

Et voilà, après un bref espoir avec HOPE, c'est Piggy Wiggy qui se prend dans notre filet. Ouf !

Krista l'osculte avec soin, elle est en pleine forme. Elle devient notre chauve-souris pilote.
Va-t-elle enfin nous emmener jusqu'à la colonie ?

Les prochains jours nous le diront...

ENFIN UNE CHAUVE-SOURIS CAPTURÉE !


Après 2 semaine de trackage intensif, à poser les pièges dans de nombreux endroits différents, lors d'un relevé de nuit, vers 3H00 du matin sous les lampes torche fixées sur nos têtes comme des mineurs, on aperçoit dans le piège à Harpe, une chauve-souris. Ouf ! nous sommes tous trés contents car nos efforts sont enfin récompensés.

Krista la prend dans ses mains avec toute l'expérience qu'elle a de ces mamifères, tout de suite la chauve-souris se sent rassurée, presque comme si elles se connaissent déjà...


J'observe avec attention le moindre geste. Il s'agit d'une femelle qui généralement se regroupe contrairement aux mâles qui peuvent mener une vie solitaire. Nous emmenons ce joli Ange Noir à la cabine où tous les instruments d'études sont prêts à être utilisés pour la première fois.

  • Prise de poids
  • Mesure au pied à coulisse
  • Déterminer l'âge avec une loupe en observant les dents
  • Prise d'ADN
  • Noter rigoureusement toutes les données et les échantillons
  • Préparer les 2 transmetteurs
  • Installer le transmetteur cutané
  • Coller le transmetteur externe sur le dos de l'animal.
  • Donner un Nom à la chauve-souris



Nous avons décidé d'appeler cette femelle HOPE pour qu'elle nous porte chance durant toute l'expédition. La nuit sera trés courte, nous pensons déjà à demain ou il faudra suivre HOPE avec le récepteur et son antenne dans la forêt.

L'étude commence réellement maintenant...



MYTHE DE LA CHAUVE-SOURIS


Vous croyez encore que la chauve-souris peut s'aggripper à vos cheveux ? Ou bien qu'elle va boire votre sang ? et j'en passe...

Bien sûr tout cela est en partie vrai, sauf qu'il ne faut surtout pas généraliser car ces cas restent insolites. En effet, il y a 3 espèces de chauves-souris Vampire sur une totalité de 1100 espèces de chauves-souris connues sur Terre, et elles préfèrent le sang des vaches, des chevaux et des galinacés. Tout au long de ce carnet de route, vous vous en rendrez compte par vous-même, la chauve-souris aux longues oreilles a une nature incroyablement curieuse et passionnante. C'est principalement l'objet de ce champ de recherche qui porte sur la communication entre elles. Qui vit avec qui, restes-elles en couple longtemps, que font les femelles par rapport aux mâles ? Sont-elles indépendantes ? ont-elles une vie sociale ? etc...

À propos de la chauve-souris, je tenterai de vous donner des informations pertinentes que j'ai glanées ici et là, en observant sur le terrain ou bien en questionnant nos scientifiques présents. Je voudrai tout d'abord remercier particulièrement le futur docteur Krista Patriquin, biologiste émérite spcécialiste des chauves-souris, qui a notemment réalisée des champs de recherches aux US dans le Montana et au Canada en Alberta.


Son assistante Portuguo-Mozambienne, Taiadjana Fortuna


Et puis le génial docteur Hugh Broders, Professeur à l'Université d'Halifax qui m'a fait une belle démonstration en grimpant un arbre de 15 mètres, perché pendant plus de 2h30, il redescendra avec 37 chauves-souris capturées avec le piège à juchoir. Voilà un scientifique de terrain qui ne reste pas seulement derrière son bureau à faire du papier, il sait de quoi il parle.


Collin vient nous prêter main forte pour la première quinzaine. En effet, il connaît bien le terrain puisqu'il a commencé une étude sur cette colonie de chauves-souris qu'il a découvert l'année dernière à Dollar Lake. Nous allons poursuivre ses premières travaux pour en savoir plus...Il nous donnera aussi de précieux conseils pour grimper les arbres, Collin est un spécialiste.


J'ai toujours un regard distant avec la science, ne comprenant pas comment elle peut faire abstraction de l'émotion qui elle-même est source de la vie, ne l'oublions jamais ! Dans notre société où tout repose sur cette science absolue comptable qui pense pouvoir maîtriser la nature là où en fait elle ne fait que la recopier passablement depuis la nuit des temps, Dolly en est un exemple assez probant... Ma première réaction aux contacts de nos scientifiques fût plutôt rassurante. Je les observe, ils sont passionnés et agissent en faveur d'une nature qu'ils aiment. Ne mettons pas tous les scientifiques dans le même sac, quelques-uns d'entre eux se battent encore corps et âmes pour défendre la vie à un autre niveau que le profit immédiat. Gilles-Eric Séralini dans son livre intitulé Génétiquement incorrect nous rappelle que le principe de précaution est la solution pour que la vie continue à être sur Terre. Finalement, les échelles et notre rapport avec la nature a changé, les sciences nous embarquent dans des dimensions toujours plus petites ou plus grandes puisque l'infiniment grand est inclus dans l'infiniment petit et inversement. La science nous étonne en dépassant les limites de nos capacités sensorielles. En même temps, elle nous fait perdre notre nature profonde, celle qui nous lie à la Terre, au monde animal, végétal, minéral dont nous dépendons tous. En fait rien à changer pour l'Humanego de ce siècle, pour survivre, il a besoin de respirer son oxygène, il se nourrit de végétaux, de minéraux et d'animaux comme le faisait sans doute il y a plus de 200 000 ans, l'homme de Néandertal. Finalement la science est aussi capable de nous montrer ce qu'elle veut qu'on voit, ne nous perdons pas avec elle mais utilisons là à bon escient comme le font nos scientifiques ici...

Sans doute, dans notre monde d'apparence manque-t-il ce sens profond sacré ! L'être humain isolé, retranché dans sa bulle d'Égo a perdu le sens même de sa propre existence, va-t-il pouvoir en sortir ? va-t-il retrouver le chemin de l'autre ? Sans animaux, végétaux et minéraux, l'être humain ne pourra pas survivre, et pourtant nous les voyons disparaître sous nos yeux à grande vitesse partout sur notre planète en surévaluant nos capacités scientifiques. Au lieu de me resigner, je crois encore qu'il est possible de toucher les consciences, de les raviver. Je ne peux pas croire que je suis le seul à voir que tout s'en va ?

Quand on voit apparaître des invasions de moustiques en Camargue ou à la Réunion et quand on sait qu'une chauve-souris, mange en moyenne 1000 insectes par jour, il y a sans doute un lien à faire quelquepart ! Oui, tout est lié, la vie est en perpétuel équilibre et ce n'est sûrement pas aussi simple que cela pour garder cet équilibre fragile. Cette fois-ci, il ne faudrait pas que l'action de l'être humain sur notre ecosystème lui soit fatale, c'est à dire, le chemin de non retour, celui où tout s'emballe, et sans doute ou tout s'éteint: le néant.

Dans cette société hypermoderne où tout est bon pour désinformer, décommuniquer, désensenser pour isoler l'être humain dans une mécanique de la vie performante et compétitive où le Nouveau et le FUN sont devenus des devoirs permaments, peu importe la réalité à long terme ou la connaissance du passé, tout doit être vécu en mode accéléré dans le moment, une façon d'oublier notre réalité, ou simplement de rentabiliser le temps qui passe. En somme, après le Postmodernisme qui a effacé le passé, notre société Hypermoderne a effacé le futur. Il ne reste plus qu'à vivre le présent avec le maximum d'intensité, comme le font les enfants avec insouciance. Heureusement les parents sont là pour y mettre des repères viables et durables.

Et dire que Gilles Lipovetsky avait défini l'hypermodernité il y a + de 20 ans déjà avec son fabuleux livre intitulé L'aire du vide. On regarde impuissant le Global imiter le Local pour mieux l'avaler, comme si tout devait grossir ou grandir pour exister. Et si simplement, il fallait prendre le chemin inverse, décroître pour exister ? Je me dis que la route sera longue et sinueuse et j'aimerai finir cette journée par ce titre évocateur de Théodore Monod :

Et si l'aventure humaine devait échouer ?



PRÉPARATION DES PIÈGES À CHAUVES-SOURIS


Après avoir préparé le matériel, fait un peu de rangement pour rendre la cabine viable, nous passons la semaine à poser des pièges pour les chauves souris. Nous avons 3 sortes de pièges à notre disposition :

- Les filets qui permettent de couvrir une plus grande surface, en revanche il faut relever le piège tous les 10 mn car les chauves-souris s'en défont assez rapidement et cela demande une certaine dextérité pour décrocher la chauve-souris piègée sans la blesser. Nous les plaçons partout, ils sont fragiles mais rapides à installer et facile à transporter. Deux sont à notre disposition, un grand et un plus petit. Comme le pêcheur avec ses filets, nous devons régulièrement les réparer.


- Les pièges à Harpe, une sorte de grand panneaux avec des cordes tendues sur deux niveaux. La chauve-souris ne détecte pas la corde et la heurte pour tomber dans un bac récupérateur en toile et plastique protecteur pour éviter que la chauve-souris se blesse. On les utilise surtout sur des chemins forestiers.


- Les juchoirs qui sont plus petits avec le même système à cordes. On les place directement sur les arbres à la sortie du trou où nichent les chauves-souris.


Pour le bon déroulement de l'étude, il nous faut donc attrapper rapidement quelques chauves-souris et poser des transmetteurs cutanés sur leurs dos, ce qui nous permettra de les suivre d'arbre en arbre à travers la forêt et ainsi les repérer. Bien sûr, pour tout scientifique il faut toujours 2 ingredients : un fait + un chiffre et pourtant !



ARRIVÉE AU PARC PROVINCIAL DOLLAR LAKE


Voici donc un Parc Gouvernemental qui assure la protection de la forêt Canadienne trés alléchante pour de grosses companies forestières.



Ici en Nouvelle Écosse, de nombreuses forêts sont privées et seulement 6% sont protégées. Autant dire que les multinationales se frottent les mains. Pour garder une forêt saine dans les Maritmimes, la longévité des arbres devraient être d'au moins 100 ans, malheureusement elle est déjà rendue à moins de 60 ans, et bien des espèces perdent leur habitat naturel.

Au nom du profit rapide, la destruction est reine et les valeurs comme le respect de la vie, que ce soit la vie humaine, animale ou végétale tendent à disparaître... En état d'urgence Néo Libéral, tout doit aller vite et pourtant, 60 ans pour un arbre c'est jeune, trés jeune !

Ne restons pas assis à regarder tout disparaître, que restera-t-il aux générations futures ? Ces nombreux enfants qui souffrent déjà d'allergies, de problèmes respiratoires etc...Enfin, il faut continuer à avancer, il y a encore une lueure d'espoir pour repenser le soit-disant progrès...

La cabine est petite mais confortable, il y a un frigo, des lits, une table de travail, sans oublier la moustiquaire faîte maison car ici, impossible de vivre avec un minimum de protection sans quoi quelques minutes suffisent au milliers de moustiques, de mouches noires et autres 'no-see-ems' (sorte de minuscules mouches que l'on peut traduire par 'ne les vois pas') pour nous dévorer.



Nous installons deux tentes supplémentaires à l'extérieur.



Et voici l'équipe de départ composée de Krista, Taia, Collin et moi pour obtenir un maximum de données sur les chauves souris. Erin, qui occupe une position spéciale, travaille conjointement sur plusieurs projets notemment sur l'Iles du Prince Edouard et vient nous prêter main forte de temps en temps.


De gauche à droite : Collin, Krista, Florent


Taia et Krista


Erin

Bienvenue au camp de base.



PRÉPARATIFS DE L'EXPÉDITION DANS L'EST CANADIEN


  • Achat Lumix Fz30K Panasonic + 1 carte Sd 2Go
  • Chaussures tout terrain premier prix et bottes
  • Casquette
  • Tente
  • Sac de couchage qui a traversé le Québec en 1997
  • Coussin rétractable
  • Quelques vêtements


Pour des raisons de budget et de baggages, j'ai opté cette fois pour le train ViaRail L'Océan avec un billet Montréal --> Halifax. Le trajet dure plus longtemps que l'avion, soit environ 20 heures, le confort est au rendez-vous, c'est agréable cette sensation dans un train, de voir défiler ces étendues et ces forêts Canadiennes. J'en profite pour prendre en photo mon voisin de devant qui a ronflé une bonne partie de la nuit.


Le train ralentit, l'arrivée à Halifax se dessine, dans la brume j'aperçois son fameux port, le plus actif du Canada.



L'ANGE NOIR VENU DU JURASSIQUE : LA CHAUVE-SOURIS


Ce carnet de route retrace une expédition sur l'étude des chauves-souris dans la forêt Est Canadienne, à Dollar Lake en Nouvelle Écosse plus précisement.


Sans doute un moyen de découvrir cette mystérieuse création de la nature qui a traversé les temps anciens. Selon la dernière découverte fossile, il est probable que la chauve-souris évolue depuis plus de 100 millions d'années entre la période géologique Crétacé (-135 Millions d'années) et Paléogène (-65 M. d'années). Et qui sait ! peut-être un jour quelqu'un découvrira un fossile de chauve-souris provenant de la période Jurassique (-205 M d'années) ? D'où le choix de ce titre évocateur...

Bienvenue dans le monde des chauves-souris, où je l'espère nous aurons l'occasion tout au long de cette aventure de savoir un peu mieux qui sont ces Anges Noirs qui sucitent depuis la nuit des temps le plus grand mystère. Parfois vampiriques, parfois capables de s'accrocher dans vos cheveux...et pourtant !

Vous pouvez situer le Camp et le Parc via Google Earth

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